mardi 5 mai 2009

IMMANQUABLE !

"Encore un tout petit post de rien du tout", allez-vous penser...
Peut-être, mais si vous suivez mon conseil, vous m'en remercierez...
Vendredi 8 mai, Arte diffuse, à 1 heure du mat' (excusez du tard), Frightmare de Peter WALKER (1975). Et c'est ce que j'appelle un événement. Le premier Peter Walker diffusé sur une chaîne de télé française (si l'on excepte House of the Long Shadows, sur Canal +, il y a vingt ans...), et un film que je tiens pour l'un des chefs-d'œuvre de l'épouvante anglaise des 70's.



Peter WALKER, pour vous le situer, est le monsieur qui ouvrit son premier brûlot cinématographique (House of Whipcord - 1974) par un carton annonçant : "Ce film est dédié à tous ceux qui estiment que notre bonne et chère loi morale est bafouée, et qui souhaitent ardemment le retour des châtiments corporels."
Plaisantait-il ?... Nul ne sait, et le bougre reste ambigu à ce propos... Le sujet de House of Whipcord ? : un juge sénile et une matonne hallucinée tiennent une prison privée, perdue au beau milieu de la campagne anglaise, où ils incarcèrent, jugent, et exécutent des jeunes femmes ayant péché... "Noir, c'est noir", et le film possède une unhappy end assez traumatisante, tout comme celui que VOUS VERREZ vendredi...
Venons-y, justement, à ce Frightmare : Un vieux couple sort de prison, après avoir purgé une peine visant essentiellement l'épouse. La pauvre possédait un solide appétit de chair humaine, que son mari, trop épris, ne parvenait à limiter. A peine libérée, voilà que Madame reprend ses activités anthropophages, au grand dam de son conjoint et de leur fille, dépassés par cette boulimie. Pour appâter ses proies, notre ogresse joue les cartomanciennes, ce qui lui attire une clientèle juteuse de dindes décervelées...
Raconté comme ça, on croit à une pochade... Que nenni !... Loin d'être une énième production d'épouvante et d'horreur à la sauce gore, Frightmare est une œuvre d'une effroyable acuité sur les liens familiaux, leurs servages, leurs compromissions, leurs ravages.
Dans le milieu fantasticophile, le terme "intellectuel" est généralement peu prisé. Pete WALKER en est, j'en suis convaincu, l'un des rares spécimens authentiques au sein du cinéma "de terreur" anglais des seventies. Refusant toute affiliation à quelque chapelle que ce soit, élaborant une filmographie dont la cohérence et la lucidité ne se retrouvent ni chez Terence FISHER, ni chez John GILLING (les autres grands ténors de l'épouvante british), il est un cas unique -- et, partant, dérangeant. Un vrai rebelle, car inclassable. Réac moderne, subversif "old fashioned"...
Humour (très) noir, amertume sans fond, et grandes performances d'acteurs sont au menu de Frightmare, festin de roi pour cinéphiles queers.
Sheila KEITH, en vieille dame indigne aux crocs acérés et aux reparties saignantes, livre une composition sans équivalent dans tout le cinéma fantastique anglais. Entre émotion jugulée et délire Camp, elle maintient un équilibre vertigineux sur la corde raide séparant le grotesque du sublime. S'il était besoin de justifier les surnoms qui lui furent attribués par la critique anglaise ("Le Boris Karloff en jupon", ou "La Reine sans Couronne de l'horreur malsaine"), son interprétation dans Frightmare suffirait amplement. Actrice fétiche de WALKER, elle trouve ici l'un de ses plus beaux rôles, où sa verve shakespearienne trouve toute latitude à s'exprimer, sur un mode moins ludique qu'il n'y paraît.
Rupert DAVIES, en mari tétanisé et follement épris de son monstre d'épouse, est d'une justesse à couper le souffle.
Deux grands acteurs du théâtre anglais, deux bêtes de l'écran, dans une rencontre au sommet, sous la houlette d'un auteur -- un vrai --, au mieux de son cynisme, de son intransigeance et de sa cruauté.
Un monument.

Sheila KEITH (1920-2004), ou la Splendeur de l'Abjection

Viande à tous les repas (Sheila KEITH)

Repue ?... Pensez-vous !...

Père et fille confrontés à la fringale matriarcale (Deborah FAIRFAX et Rupert DAVIES)


4 commentaires:

Abronsius a dit…

Merci d'avoir mis l'accent sur ce film, j'en ferai une copie et j'y jetterai un oeil (désormais averti)...

deef a dit…

On a l'habitude de dire que le cinéma anglais est mort, mais à te lire, et si c'est vrai, c'est bien dommage.

bbjane a dit…

Merci de votre passage... Tenez-moi au courant de vos impressions sur ce film, à l'occasion !...
Concernant la "mort du cinéma anglais", je n'ai pas d'opinion tranchée sur la question. En matière de fantastique, le cadavre a encore de beaux tressaillements... Amitiés...

YRREIHT ZETLUB a dit…

Heureusement qu'il existe encore des chaines qui ont gardé le bon sens de diffuser des oeuvres boudées par les canaux lamda-paf!!!

Et qui plus est aux "heures hantées"...

A suivre de très près!!!