mardi 20 janvier 2009

THE ABOMINABLE DR. PHIBES (L'Abominable Dr. Phibes - 1970)

Ce post est dédié à Lucy CHASE WILLIAMS et Bernard ALAPETITE



Pourquoi L'Abominable Dr. Phibes est-il l'un des films préférés des cinéphiles homosexuels ? Deux réponses sont généralement avancées : pour son caractère hautement camp ; pour la présence de Vincent PRICE, icône gaie (on peut d'ailleurs estimer que ces deux raisons n'en font qu'une, PRICE étant l'un des comédiens les plus camps de tous les temps.)
C'est vrai, mais il y a autre chose.
Dans son incontournable essai Monster in the closet, homosexuality and the horror film, Harry M. BENSHOFF nous éclaire sur le véritable secret du Dr. Phibes : il est l'un des premiers héros d'un genre cinématographique nouveau dans les années 70 : "l'homosexploitation". L'article qui suit s'appuie en partie, dans son approche théorique, sur les écrits de BENSHOFF, et dresse un rapide historique du film et de sa postérité.



FICHE TECHNIQUE :

Réal : Robert FUEST - Scén : James WHITON, William GOLDSTEIN, Robert FUEST - Mus : Basil KIRCHIN - Photo : Norman WARWICK - Déc : Bernard REEVES
Avec : Vincent PRICE, Joseph COTTEN, Virginia NORTH, Peter JEFFREY, Terry-THOMAS, Hugh GRIFFITH, John CATER

RESUME :

1929. Une série de crimes, inspirés par les dix plaies d'Egypte, ensanglante le milieu médical londonien. Au cours d'une enquête piétinante, la police découvre que leur auteur est le Dr. Anton PHIBES, un ancien organiste défiguré lors d'un accident de voiture. Il commet ces meurtres afin de se venger des neufs chirurgiens ayant échoué à sauver la vie de sa femme.

L'AVIS DE BBJANE :


Le terme "homosexploitation" apparaît comme une variante des mots "sexploitation" (ensemble de films de séries B à Z, dont l'argument commercial et le principal ressort scénaristique sont le sexe) et "blaxploitation" (films dont les castings sont majoritairement composés d'afro-américains, et qui décrivent leur revanche contre un pouvoir blanc oppressif et raciste.)
L'homosexploitation (ou gayxploitation) reprendrait, selon Harry M. BENSHOFF, l'idée de vengeance/revanche, cette fois accomplie par un héros homosexuel (ou une héroïne lesbienne), et dirigée contre les agents de l'hétérocentrisme. A l'aube des années 70, les minorités sexuelles et raciales prirent conscience de certaines similitudes dans les discrimations dont elles étaient l'objet, et, partant, dans les combats qu'elles avaient à mener. La naissance parallèle de la blaxploitation et de la gayxploitation témoigne de cet esprit de coalition.
Mais contrairement à la première, où la minorité à laquelle le "vengeur" appartient est immédiatement identifiable (du fait de sa couleur de peau), la seconde restera longtemps voilée -- et ne trouvera d'ailleurs son nom qu'une trentaine d'années plus tard. Mettre en scène un vengeur explicitement gay était encore trop risqué dans les années 70, et l'on ne pouvait guère douter de l'insuccès commercial d'un film qui s'y serait essayé -- il semble que les Noirs étaient alors plus bankables que les homos, et que leur effet repoussoir était moindre sur les spectateurs et les producteurs.
La gayxploitation fait appel à l'identification du public queer de manière dissimulée, en recourant à des codes vieux comme les frères Lumière, mais en lui offrant cependant un plaisir cathartique autant qu'esthétique (les films en ressortant jouent énormément sur un décorum typiquement gay, "follement extravagant" et camp.)
Pourtant, elle apparut à visage découvert dans ses tout premiers spécimens : les films de vampires lesbiens (The Vampire lovers de Roy WARD BAKER - 1970 -, Les Sévices de Dracula / Twins of evil de John HOUGH - 1972 -, et autres libres adaptations du roman "Carmilla" de Sheridan Le FANU.) C'est que le lesbianisme a toujours été source de fantasmes et d'excitation pour le public hétéro mâle ; la vision d'étreintes féminines n'avait donc rien de bien perturbant. L'homosexualité masculine était autrement problématique.
Elle trouva son héros/héraut en la personne du comédien Vincent PRICE, dans 3 films fondateurs : L'Abominable Dr. Phibes, sa suite (Le Retour de l'abominable Dr. Phibes / Dr. Phibes rises again de Robert Fuest - 1971) et Théâtre de sang (Theatre of blood de Douglas HICKOX - 1972). Autant d'oeuvres queers demandant un déchiffrement de leurs codes pour être reconnues comme telles.



Le Justicier queer et sa victime : Vincent PRICE et Terry-THOMAS

Dans le film qui nous intéresse, le héros queer entreprend sa geste meurtrière afin de venger la mort de son épouse, "tuée", selon lui, par des chirurgiens qui échouèrent à lui sauver la vie après un accident de voiture. Ce mobile constitue une sorte de garantie de l'hétérosexualité du personnage. Le scénario ne nous en fournira pas d'autre, et l'on peut noter qu'elle a pour effet immédiat d'évacuer d'office l'élément féminin, en tant que partenaire sexuel éventuel du héros.
Le culte exclusif et démesuré de la défunte épouse interdit au veuf de nouer une liaison amoureuse avec une autre femme. Cette parade fut régulièrement employée dans la littérature et le cinéma gothiques queers (le comédien Vincent PRICE n'a guère eu que des épouses mortes dans ses films d'épouvante), et offre au personnage l'opportunité de "s'engager dans des exploits homoérotiques sado-masochistes" (dixit BENSHOFF) (On pourrait appliquer cette réflexion au corpus de films gothiques-urbains que constituent, par exemple, la série des "Justiciers" bronsoniens, et autres "vigilante movies".)
Le Dr. Phibes sublime une impossible hétérosexualité lors de longues discussions d'un romantisme exacerbé avec le portrait de sa chère disparue. Ceci fait, il peut se livrer en toute quiétude -- et avec une délectation non dissimulée -- à la chasse au mâle.
Une jeune et séduisante assistante, Vulnavia (Virginia NORTH), l'épaule dans son action. Inutile de préciser que leurs rapports sont strictement platoniques, et régis par une mise en scène interdisant entre eux tout élan de spontanéité -- leurs déplacements et leur gestuelle sont réglés comme des sortes de tableaux vivants, dans lesquels aucun d'eux n'esquisse un mouvement de travers. (Ils ne s'embrassent que sur l'affiche du film, dont le slogan parodie outrageusement celui du grand succès lacrymo-hétéro de l'époque : Love Story (Arthur HILLER - 1970) -- ce qui désamorce quelque peu l'effet du baiser... Le film se revendique queer jusque dans son affiche.)
A l'occasion, Vulnavia fait office de rabatteuse, attirant par sa beauté les victimes masculines qu'elle abandonne ensuite aux bons soins de son maître (voir la scène de séduction de l'érotomane Dr. Longstreet.) Il est intéressant de noter que, dans la première version du scénario, Vulnavia était censée être une automate, comme les membres de "L'Orchestre Mécanique" de Phibes. Ce rare élément féminin du film n'était donc pas de chair, et Phibes la détruisait d'ailleurs après usage, dans les dernières séquences !...


La Rabatteuse (Virginia NORTH)

Queer, le Dr. Phibes l'est dans tous les sens du terme (dont la définition originelle est "bizarre", "hors du commun") : à la fois mort et vivant (il est censé avoir péri dans un accident de voiture, et il déclare à son adversaire, le Dr Vesalius : "Vous ne pouvez pas me tuer ; je suis déjà mort !"), humain et androïde (son visage est fait de chair synthétique ; sa voix est émise artificiellement à travers un phonographe).
Sa garde-robe est composée de tenues défiant les critères vestimentaires de "genre" -- à l'exception du costume qu'il porte lors de la scène de danse avec Vulnavia, il n'arbore que de larges tuniques convenant aussi bien aux deux sexes.
Ses neufs victimes sont autant de figures représentatives de la société patriarcale et sexiste. La respectabilité de leur statut social est clairement établie : toutes appartiennent au corps médical. En s'en prenant à elles, c'est à un système normatif garant d'une idéologie répressive que s'attaque le monstre queer Phibes. (Notons qu'il n'est pas docteur en médecine, mais en théologie, en droit, et en musicologie.)
Sous couvert de venger sa femme, il règle son lot de contentieux avec les suppôts de l'ordre établi, vieux adversaires de la queeritude. Ainsi, la psychiatrie, qui causa tant de tort aux homosexuels, se voit châtiée en la personne du Dr. Hargreaves (Alex SCOTT), "réducteur de têtes" dont la tête sera textuellement réduite par un masque broyeur. Il en va de même du sexisme libidinal (le Dr. Lonstreet (Terry-THOMAS), grand amateur de films érotiques qu'il visionne en cachette après le départ de sa gouvernante), et de l'arrogance de classe (toutes les victimes sont imbues de leur rang).


La Transparence des Sexes

En calquant l'élaboration de ses meurtres sur les 10 plaies d'Egypte -- fléaux lancés par Dieu à Pharaon pour le punir de maintenir le peuple Hébreu en esclavage -- Phibes s'identifie au Créateur ; un Créateur queer punissant les esclavagistes de la pensée, les garants de la morale straight.
Seul le Dr Vesalius (Joseph COTTEN) apparaît sous un jour sympathique, et il est à noter que Phibes n'attentera pas à sa vie mais à celle de son jeune fils. Le rapport de Phibes à Vesalius est d'ordre conflictuel-affectif, et reste emprunt d'une sorte de respect (il est la seule victime à qui il daignera parler). Il en fait sa dernière proie, comme s'il tenait à le garder pour "la bonne bouche", et s'il expose son fils à la mort, il se désintéresse totalement du résultat de son plan : il gagne le cercueil de son épouse avant la fin de l'opération pratiquée par Vesalius sur son enfant et destinée à sauver ce dernier, comme si son but était désormais atteint.
Ce rituel macabre autour d'un "premier né" qu'il s'agit de rendre à la vie (ou de faire naître une seconde fois) éclaire d'un jour nouveau la relation Phibes/Vesalius, et les aspirations secrètes du premier. Alors qu'il aurait pu tuer l'enfant, il le met en "situation de mort", et laisse le père procéder à la résurrection : il crée ainsi un lien particulier avec son adversaire, marquant symboliquement la formation d'un couple queer, et sa non moins métaphorique procréation.
La série de crimes commis par Phibes, au-delà du motif de la vengeance, semble n'avoir eu pour ultime finalité que de susciter sa rencontre avec le chef de l'équipe chirurgicale qu'il tient pour responsable de la mort de sa femme -- et qui, par-là même, fut le principal artisan de son identité queer.
Ajoutons qu'aucune des victimes n'a de vie de couple apparente (même Vesalius qui, bien que père, est dépourvu d'épouse. L'a-t-elle quitté ? Est-elle morte ? -- ce qui achèverait d'en faire le pendant straight de Phibes -- La question n'est jamais soulevée...) Résolument, le film se veut une histoire d'hommes, et cette absence totale de la femme en tant que conjointe ou amante contribue beaucoup à sa coloration homophile.


Vesalius (Joseph COTTEN) et Phibes (Vincent PRICE) : Docteurs en Queeritude

L'esthétique camp de L'Abominable Dr. Phibes est bien entendu le signe le plus apparent de son orientation queer. Dans ses célèbres "Notes on Camp" (1964), Susan SONTAG observait que si le camp n'est pas une sensibilité et un goût exclusivement homosexuels, les gays en constituent l'audience la plus large et la mieux articulée. (Le camp, en schématisant, traduit un amour immodéré pour l'artifice, l'exagération, la "performance", et aspire à l'effacement de la notion de "genre" ; d'ordre esthétique et comportemental, il peut aussi bien s'appliquer à un objet qu'à une personne.) En réalisant son film, dont aucune image, aucun plan n'échappe au camp, Robert FUEST ne pouvait ignorer quel public y réagirait avec le plus d'enthousiasme.


Le Triomphe du Camp

La maison de Phibes, temple dédié au culte de l'Art Nouveau et du rococo, est le domaine rêvé par tout camper (amateur de camp), une demeure dont chaque pièce est une scène sur laquelle l'habitant peut s'abandonner à la griserie d'une représentation perpétuelle.
L'imposant orgue rose, l'orchestre d'automates aux masques figés, la vaste salle de bal, les majestueux escaliers semblant n'avoir été élevés que pour qu'une reine les descende : chacun de ces éléments répond à un besoin de spectacularisation, et invite à prendre la pose -- ce dont Phibes et Vulnavia ne se privent pas. (Un personnage secondaire qualifie cette dernière de "fashionable" -- terme familier du vocabulaire camp, que l'on pourrait traduire par "ultra-sophistiquée" ou "à la pointe de la mode".)
Le générique d'ouverture nous montre Phibes jouant de l'orgue avec force gestes emphatiques, à la manière du pianiste LIBERACE (le pape du camp, s'il en fut), et constitue la meilleure introduction possible au personnage -- et au film -- dont elle annonce et résume la tonalité en quelques plans. Grandiloquence, affectation, et autodérision, sont les maîtres-mots de cette oeuvre où le fantastique se veut une expression du fantasque.
Quant au générique de fin, nul ne s'étonnera qu'il se déroule sur l'un des plus célèbres hymnes gays : la chanson "Over the rainbow".
Mais c'est peut-être dans cette anecdote de tournage que l'on trouvera le trait le plus camp du personnage de Phibes : lorsque celui-ci révèle son visage défiguré, le maquillage porté par Vincent PRICE consistait en un masque enfilable en quelques secondes ; mais lorsque le comédien apparaît à visage découvert, des heures de grimage étaient nécessaires pour donner à sa peau l'aspect "non naturel" d'une face "recomposée" suite à un accident !
Dans ce savoureux détail, c'est l'esprit même du camp qui s'exprime : le naturel nécessite beaucoup d'artifice -- ou, pour citer Oscar WILDE : "Etre naturel est une pose tellement difficile à tenir".



Photo de tournage : Robert FUEST (g.) et Vincent PRICE (d.)

La petite histoire :

Dans une interview qu'il accorda au magazine "Rolling Stone", Anton LaVEY (1930-1997), le fondateur de l'Eglise de Satan, déclara avoir participé à l'élaboration du film en tant que "consultant". On ne sait quel crédit il convient d'accorder à ces propos, mais il semble acquis que Phibes doit son prénom à LaVEY, lequel était, selon certaines sources, en relation amicale avec Robert FUEST.
Ce dernier avait auparavant réalisé une adaptation assez académique des Hauts de Hurlevent (Wuthering Heights - 1970), et surtout plusieurs épisodes de la série Chapeau melon et bottes de cuir (The Avengers - 1962/1969) dont le climat d'autodérision et les nombreux éléments queers imprègnent indéniablement le film (certains critiques ont d'ailleurs vu en Phibes une sorte de "super-vilain" échappé de la série.)



Anton LaVEY

Le script originel fut écrit par deux joueurs de tennis professionnels (??), James WHITON et William GODSTEIN, puis remanié de façon conséquente par FUEST, à qui l'on doit le contexte des années 20 (au départ, l'action était censée être contemporaine) et les éléments humoristiques.
Le succès du film généra une séquelle de qualité (Le Retour de l'abominable Dr. Phibes - Dr. Phibes rises again de Robert FUEST - 1972)
, toujours aussi camp, mais marquée par un humour cartoonesque d'esprit plus américain que britannique. L'univers du Dr. Phibes y perd une bonne partie de son cachet, et l'esprit queer s'en trouve légèrement amoindri.
Jusqu'au milieu des années 80, un troisième opus fut régulièrement annoncé dans la presse spécialisée, tour à tour intitulé The Brides of Dr. Phibes, The Seven fates of Dr. Phibes ou Dr. Phibes in the Holly Land. Aucun de ces projets n'aboutit jamais.
Mais la structure scénaristique du film (une série de crimes "thématiques" et excentriques perpétrés par un paria) a largement été réutilisée depuis -- à l'identique et toujours avec PRICE dans Théâtre de sang (Theatre of blood de Douglas HICKOX - 1973), puis dans certains slashers des années 80, jusqu'à retrouver une seconde jeunesse plus récemment dans des films comme Se7en (David FINCHER - 1995) ou Saw (James WAN- 2004)
.
Il est vrai que Phibes devait beaucoup lui-même à un illustre prédécesseur : le classique Noblesse oblige (Kind hearts and coronets de Robert HAMER - 1949), dans lequel Dennis... PRICE trucidait avec beaucoup d'inventivité les membres de sa famille à héritage.

Références :


La plupart des informations de cet article relatives au tournage du film, proviennent de deux ouvrages indispensables pour tout fan de Vincent PRICE :
le très documenté et richement illustré : The Complete films of Vincent PRICE de Lucy CHASE WILLIAMS (Citadel Press - 1995),
et Vincent PRICE, the Art of Fear de Denis MEIKLE (Reynolds & Hearn - 2003), qui s'intéresse exclusivement, mais exhaustivement, à la filmographie "fantastique" du comédien.




10 commentaires:

Damien a dit…

Wow wow wow, génial notre chère BBJane a tenu sa promesse! Suis en train de faire une petite pause dans mon travail et je n'ai pas le temps de lire ce volumineux billet pour le moment, mais je m'y colle ce soir, promis, et je reviens donner mon avis!

Damien a dit…

Hébé, le moins que je puisse dire est que ça valait le coup de laisser mijoter (et nous avec!) cet article aussi longtemps! Je crois que c'est ton meilleur billet depuis la création de "Fears for Queers".

Bon, je suis peut-être (sans doute même) un peu partial en écrivant cela étant donné que "L'Abominable Docteur Phibes" est, de très loin, mon film de Vincent Price préféré (c'est aussi le tout premier que j'ai vu!), n'empêche que c'est une sacrée bonne analyse que tu nous livres là.

En ce qui me concerne, j'étais loin - jusqu'à la lecture de ton billet - d'imaginer un tel message en filigrane des "exploits" de Phibes. J'y voyais plutôt un délicieux mélange de nonsense British et d'esprit contestataire propre aux années 70, toutes les victimes de Phibes étant, comme tu le soulignes si justement, des représentations archétypales de l'autorité.

Pour moi, ce brave docteur était juste un type révolté qui prenait la mort de sa femme comme alibi pour assouvir un esprit anar refoulé, transformant chacun de ses crimes en joyeux happening, bordélique et jouissif. Mais de là à l'imaginer en (super) héros queer, il y a un pas que je n'aurais tout de même pas osé franchir. Tu l'as fait et je t'en félicite car ton analyse est passionnante de bout en bout.

Surtout, elle a le mérite de poser une question qui, à mon sens, est essentielle: le cinéma fantastique, en tant que genre traitant de la peur, c'est à dire du refoulé, ne serait-il pas quelque part (la pudeur m'empêche de dire où), fondamentalement homo?

Bon, je ne parle pas des grosses daubes commerciales qui viennent meubler le "temps de cerveau disponible" des crétins congénitaux prêts à raquer 10 € pour aller manger du pop-corn devant des films de tueurs fabriqués en série, mais des vrais "films de trouille", qui fichent les jetons non seulement parce qu'ils titillent nos peurs les plus ataviques, mais aussi nos instincts, nos désirs les plus secrets, les plus refoulés?

Plus le tampax - pardon, plus le temps passe - et plus je me dis que les films fantastiques les plus marquants que j'ai vus tournent autour de cette thématique: la représentation absolue du Monstre, n'est-ce pas l'Autre, c'est à dire, par définition, celui qui diffère de nous, mais aussi, par extension (ou par réduction) cette part de nous même qui s'éloigne du modèle auquel nous aimerions nous conformer?

Halala, chère BBJane, décidément tes billets n'en finissent pas de susciter des interrogations passionnantes! Vivement la suite!

Damien a dit…

Bon, si je ne suis que trois à moi tout seul à réagir à ce super billet, ça ne va plus du tout ;o)

bbjane a dit…

Je fais le quatrième, cher Damien -- en espérant qu'il y en aura d'autres !... (Il faut dire que tu as réagi très vite ! J'ai mis l'article en ligne ce jour, vers 18 heures -- ne pas se fier à la date indiquée, elle ne concerne que le moment où l'on saisit le texte...)
Merci pour ce commentaire très nourri, qui, tu l'imagines, va dans le sens de mes convictions...
Tu écris : "Le cinéma fantastique, en tant que genre traitant de la peur, c'est à dire du refoulé, ne serait-il pas quelque part, fondamentalement homo ?"...
La raison d'être de ce blog est de tenter de répondre à cette question -- et d'y répondre par un "OUI" massif.
Je ne cherche pas à faire du prosélytisme "gay" -- j'ai le prosélytisme en horreur --, mais à remettre à l'heure de vieilles pendules, terriblement retardataires chez la critique française.
Ton commentaire, émanant d'un hétéro pur jus -- et bientôt père ! --, me touche d'autant plus.
"Y aurait-il donc de la (vraie) moralité en ce bas monde, Seigneur ?..."
Je suis sûre que tu sais de quel film -- avec PRICE -- cette citation est détournée... Et je te remercie encore de ta réaction...
Enormes bises de BB -- à toi, à la (grosse)(plus pour longtemps...) Carotte, et à la jeune pousse...

MEDUSA FANZINE a dit…

Billet très brillant, qui m'ouvre de nouveaux horizons sur ce film que j'adore !
Un de mes Price préféré et mon Fuest préféré incontestablement....
C'est si habilement amené que l'évidence saute aux yeux !
Bravissimo !

yrreiht zetlub a dit…

soyez assurée, chère BB, qu'avec l'attente fébrile de vos analyses aussi abouties, je vais camper sur votre blog!!!

fee bises!!!

YRREIHT ZETLUB

YRREIHT ZETLUB a dit…

Une pensée supplémentaire pour "our master" mister PRICE car c'est aujourd'hui la saint Vincent!!!
Good gothic feast, et celà où que vous soyez!!!

Respects absolus de l'un de vos disciples!!!

YRREIHT ZETLUB

Anonyme a dit…

Je suis touché que cette merveille d'analyse me soit co-dédié. Il n'y a rien à ajouter sinon qu'en lisant votre article définitif,le film, La chambre verte de Truffaut m'est venu à l'esprit...

Bernard Alapetite

deef a dit…

Je fais donc le 9e...
Extraordinaire billet ! Je ne connaissais ni le film, ni Price, ni même le concept de "camp". Me coucherai moins bête ce soir.
En tous cas, bravo, beau travail ! C'est un réel plaisir de se perdre ici, de lire, de picorer et d'apprendre moult choses intéressantes ;))

Marc-Jean a dit…

Quand je pense que le DVD fait partie de l'innommable amoncellement des choses en instance sur mon bureau, depuis trois mois au moins... Voilà un billet qui donne envie de laisser le travail en plan et de voir le film toute affaire cessante.

Marc-Jean